L'héraldique


 par Jean-François Binon


 Petit historique

L’ héraldique (science des armoiries) est apparue au XI ème siècle et s’est vulgarisée en Europe dés le siècle suivant. Elle a été rendue nécessaire pour permettre aux chevaliers d’avoir des signes de reconnaissances lors des combats ou des tournois notamment. Aujourd’hui en sport deux équipes qui s’affrontent arborent elles aussi des couleurs différentes. Ces marques distinctives concernèrent toutes les classes sociales même si les nobles les adoptèrent en plus grand nombre. Elles furent reproduites plus tard sur des sceaux et servaient de signature à leur possesseur. Dés le XII ème siècle, la reconnaissance des adversaires devant être sans équivoque, l’héraldique vit apparaître une véritable codification qui lui donnait alors un statut de "science" .Ces règles qui concernaient les couleurs, les formes, les graphismes des ornements utilisés, entre autres, étaient strictement respectées par les "Hérauts d’armes" (qui ont donné le mot "héraldique" ). Au départ des croisades, beaucoup de chevaliers d’Europe portaient une croix sur leurs vêtements et sur leur bouclier. Pour pouvoir identifier leur pays et leur langue, à la troisième croisade en 1188 il fut conclu que la croix des Français serait rouge, celle des Flamands serait verte et celles des Anglais, blanche. Au cours de ces croisades, la confrontation avec des peuples musulmans vit l’apparition de "croissants" (de lune) dans les armes de ceux qui en revenaient. De même que plus tard un chevalier Français qui triomphait d’un adversaire Anglais rajoutait parfois à ses armes un léopard. 

Passionné par ce sujet, comme vous l’avez deviné, je vais essayer de vous le faire découvrir et, pour certains j’espère, aimer…
Jennifer qui a déjà le virus, m’offre généreusement une place dans son site pour m’aider dans cette "mission" et je l’en remercie bien vivement.

 Les formes principales selon les pays 

 Les couleurs

Le blason est issu du bouclier qui pouvait être en métal (argent, or, fer, cuivre…), ou en bois. Pour la seconde matière, le bouclier était peint ou recouvert de peaux d’animaux. Conséquence importante : on parle de métaux, d’émaux et de fourrures.
Quand un blason est reproduit en noir et blanc, des hachures instituées dés le XVII ème
siècle permettent d’en connaître les couleurs d’origine.

       

On peut ajouter des couleurs dites "au naturel" (orange, marron…)

Pour les fourrures, l’hermine fait bien entendu référence à l’animal au pelage blanc et à la queue noire. Si l’hermine est fréquente, notamment en Bretagne, Limousin et dans le Nord, en revanche la contre-hermine (couleurs inversées) est très rare. Le vair évoque selon certains, la fourrure d’un petit écureuil de Sibérie, et selon d’autres plus rares, celle de la genette. Cette panne (autre nom employé pour les fourrures) est représentée par des clochettes stylisées azur et argent "tête-bêche". En cas contraire on dit "contre-vair". De même si les couleurs sont autres que azur et argent on parle de "vairé".

Certaines couleurs auraient paraît-il, des vertus spécifiques et seraient liées aux
planètes … Elles permettaient surtout aux chevaliers de l’époque d’affirmer telle ou telle qualité.
Plus sérieusement les couleurs obéissent à des règles à la fois très simples et très
compliquées. Commençons par la plus simple : rien n’empêche de représenter un lion bleu, à condition, et on aborde là un aspect capital et plus compliqué, que le fonds soit jaune (or) ou blanc (argent). C’est la règle du "pas d’émail sur émail" ni "métal sur métal" ni "fourrure sur fourrure". Comme toute règle il y a des exceptions:

  1. si la couleur est naturelle,

    exemple 1 : "d’argent au soleil d’or"

    (normalement pas jaune sur blanc , mais jaune est la couleur naturelle du soleil)

    exemple 2 : "de gueules à la feuille de chêne de sinople"

    (idem pour la couleur naturelle de la feuille)


  2. si une pièce est "brochante" à la fois sur du métal et de l’émail.

    sur cet exemple le lion aurait pu être bleu, rouge, vert , blanc ...

  3. si les ongles, ou langue d’un animal sont d’une autre couleur que le corps (ici rouge sur vert possible …)

 Les partitions

Un blason est soit simple, soit composé.
Il est dit simple quand il est d’une seule couleur. Pour le décrire on dit "de gueules plain" s’il est tout rouge. Ce type de blasons est rarissime.
La plupart du temps le blason est divisé et les 4 principales partitions sont les suivantes : parti, coupé, taillé et tranché

Comme on peut le remarquer, ces 4 termes ont une symbolique guerrière !
En fait ils représentent les 4 principaux coups d’épée … Quand je vous aurai dit que pour
évoquer le fond du blason, on parle du champ, on pense au "champ de bataille", vous serez complètement convaincus que le premier usage de ces "armes" ( encore un terme évocateur ) était réservé à des guerriers !

La combinaison du parti et du coupé est l’écartelé, celle du taillé et du tranché est l’écartelé en sautoir. Celle des 4 est le gironné.

écartelé, écartelé en sautoir, gironné:

losangé, échiqueté, fuselé:


 Les pièces honorables

Ce sont les figures géométriques les plus utilisées en héraldique, et occupent en général, le tiers de la surface du blason, quand elles sont uniques. Leur nombre varie selon les spécialistes mais voici les principales:

chef, fasce, pal, bande:

barre, champagne, croix, sautoir:

chevron, franc-quartier, canton, pointe:

giron, pairle, bordure, écusson:

   orle, trescheur, grand losange, embrasse

chaussé, mantelé, gousset, emmanché:

Plusieurs pièces sont dites de second ordre parmi lesquelles, on trouve :

billettes, tau, fretté, besant, tourteau :

Comme vous pouvez le remarquer le besant est toujours de métal (or ou argent) et le
tourteau est toujours en émail.
Parmi toutes ces pièces honorables, certaines peuvent avoir des formes différentes de celles de référence, par exemple :

bande crénelée, bordure denchée, chef ondé, fasce vivrée :

Certaines peuvent également être de taille réduite, comme les exemples suivants :

cotice (bande), jumelles (2 fasces), comble (chef) :

Certaines pièces peuvent également être répétées en nombre pair, alternant le plus souvent émail, métal (ou inversement …). On parle alors de rebattements, par exemple :

bandé, barré, chevronné, fascé, palé :


 Les meubles

Pour bien comprendre l’héraldique, je prendrai un exemple simple : vous considérez le blason comme le plan d’une maison… Et les termes employés vous aideront. On a parlé en effet de "pièce", exactement comme la division d’une maison. Dans ces pièces nous allons mettre des "meubles", et là c’est extraordinaire puisque c’est également le terme employé pour décrire les motifs placés sur les pièces des blasons !!!
Ces meubles se trouvent parmi les animaux, les végétaux, les constructions, les croix, les armes et outils, les astres, entre autres .

L’homme aussi est représenté, sous différentes formes :

tête de maure, buste de saint, cavalier armé:

dextrochère, foi, coeurs :

Parmi les animaux très représentés en héraldique (le bestiaire) je vais m’attacher plus particulièrement au lion qui est vraiment le roi incontesté du blason ….
Comme tout animal , sa position normale le fait regarder à gauche. Sinon on le dit
"contourné".

contourné, burelé, coupé

Voici une précision très importante pour le distinguer de son "cousin" le léopard …
Le lion a la tête de profil et la position debout. Le léopard a la tête de face et sa position
est allongée et ne repose que sur 3 pattes. Pour compliquer l’affaire, un lion peut avoir
la position allongée du léopard, on dit alors un "lion léopardé" et un léopard peut être debout, il s’agit alors d’un "léopard lionné".

lion léopardé, léopard lionné, léopard :

De nombreux autres animaux sauvages figurent dans le bestiaire héraldique. Ce sont surtout des bêtes que l’on chasse :

cerf, loup, ours, sanglier :

En bonne place figurent également des animaux dits "domestiques", dont les principaux :

cheval, mouton, boeuf, chien:

Aux côtés des quadrupèdes, on trouve beaucoup d’oiseaux, notamment l’aigle,

qui se décline toujours au féminin (une aigle).

ordinaire, bicéphale, échiquetée :

Quand une aigle est au moins au nombre de 3, elle devient "aiglon", quand elle

n’a ni bec ni patte, on l’appelle "alérion".

aiglons, alérion, phénix :

Le phénix qui renaît de ses cendres est le symbole de la résurrection.

Parmi les autres oiseaux on trouve beaucoup de merlettes, et en moins grand nombre des hérons et des cygnes.

héron, merlettes, cygne:

On trouve également des coqs, des colombes et des corbeaux.

coq, colombe, corbeau :

Les "parents pauvres" de ce bestiaire sont les animaux marins, les reptiles et surtout les insectes.
Voici les principaux représentants de la faune marine :

coquille, dauphin, bars :

Les reptiles les plus présents, et les "confidentiels" insectes :

serpent, lézard, salamandre, abeille:

Par contre une catégorie très importante figure dans ce bestiaire, il s’agit des animaux dits "fabuleux", nés de légendes et de croyances séculaires…

dragon, griffon, licorne:

Une partie seulement de l’animal peut être représentée :

tête (de profil) ou de face (un rencontre) :

patte, aile, bois :

Quittons le monde animal pour celui des éléments terrestres et astraux :

globe, étoile, croissant, lune :

soleil, mont, eau, feu :

Bienvenue dans le monde végétal (arbres, fleurs, céréales, fruits, légumes).

sapin, tilleul, feuille de chêne :

fleur de lys, quintefeuille, lys au naturel, blé :

gland, pomme, champignon :

Les constructions militaires et civiles ont eu une place privilégiée dans l’héraldique :

tour, château, pont, église :

Les constructions marines, également :

ancre, bateau :

Pour terminer les "meubles", on peut évoquer les outils et les armes :

hache, pic de mineur, marteau, épée, arc et flèches :

Les "objets usuels" et les symboles religieux :

fer à cheval, clef, crosse, mitre :

Le blason peut comporter des ornements extérieurs :
Le casque ( ou heaume ) et ses lambrequins ( bandes de tissus ) étaient placés au dessus du blason. Souvent le casque, tout à fait au sommet, était surmonté d’un "cimier" qui représentait très souvent tout ou une partie du meuble figurant sur le blason :

casque et lambrequins, cimiers:

Le blason peut être entouré par des tenants, supports ou soutiens :

tenants (humains), supports (animaux), soutiens (objet, végétaux) :

Sous le blason figurait la devise, contrairement au "cri de guerre" qui était au dessus (et qui était hurlé lors des assauts) :


Nous arrivons à la fin du voyage, en espérant que vous ayez appris quelque chose et que vous
verrez les blasons avec un autre œil… Tout n’a pas été dit mais si cette page vous a donné envie d’en savoir plus, alors son but a été atteint !!!

 Retrouvez Jean-François Binon sur le site du blason